💠 Une Fintech peut-elle rester indĂ©pendante ?

Apr 9, 2018 | Parutions

par Caroline Lamaud, prĂ©sidente du conseil d’administration d’Anaxago, membre du comitĂ© directeur de France FinTech

Le 10 Avril 2018, Ă  Station F, France Fintech rassemblera les principaux acteurs de la Fintech : rĂ©gulateurs, entrepreneurs, investisseurs. C’est l’occasion unique d’écouter et d’échanger avec celles et ceux qui seront partie prenante de la rĂ©volution qui touche l’industrie financiĂšre depuis 5 ans.

Entre consolidation, hypercroissance et rachats, la Fintech est toujours en pleine Ă©bullition.

2015 une annĂ©e de crĂ©ation record, marquĂ©e par la vague du crowdfunding, les fintechs se lancent Ă  la conquĂȘte des consommateurs. Elles proposent des modĂšles alternatifs et performants en s’attaquant Ă  des pans trĂšs spĂ©cifiques de l’industrie des services financiers. “All evolution begins with a difference” comme l’évoquait le titre de la premiĂšre Ă©dition de Fintech R:Evolution.

2016, le rythme de crĂ©ation se stabilise ; les fintechs françaises entrent dans la phase de maturitĂ©, elles sont lĂ  pour durer et s’installent dans le paysage Ă©conomique. “Here to stay” Ă©tait alors la banniĂšre de la seconde Ă©dition de l’évĂ©nement annuel de France Fintech.

2017, l’annĂ©e des consolidations. Les fintechs diversifient leurs offres, Ă©toffent leurs business model, se dĂ©veloppent Ă  l’international … Une baisse relative des levĂ©es de fonds est enregistrĂ©e au 1er semestre, avec un relai pris par la traction. Le second semestre est en revanche assez spectaculaire puisque le secteur lead le palmarĂšs des levĂ©es françaises avec de belles opĂ©rations rĂ©alisĂ©es par Linxo ou Younited Credit par exemple mais aussi plusieurs rachats importants (Compte Nickel, KissKissBankBank, Pumpkin
).

 

2018, l’accĂ©lĂ©ration de la vague fintech, plus horizontale. DĂ©sormais, au delĂ  des usages, les fintechs proposent des modĂšles complets de plateformes de services, avec une composante technologique importante (AI, IOT, Blockchain), une maĂźtrise, une analyse et une utilisation performante de la data, le carburant de notre Ă©conomie numĂ©rique [ndlr – comme l’évoque Alain Clot dans sa tribune]. Nous assistons Ă  la Data Liberation! qui re-dessine le marchĂ© (Ă©closions des insurtech, regtech, legaltech et naissance de modĂšles hybrides) et sera le thĂšme de la prochaine Ă©dition de Fintech R:Evolution.

Le secteur se rĂ©organise ; les Ă©volutions prennent diffĂ©rentes formes : de l’incubation au rachat et M & A, mais l’indĂ©pendance reste-t-elle une voie souhaitĂ©e par et pour les fintechs françaises ?

Retour en vidĂ©o sur l’évolution et l’organisation du panorama de la fintech en France :

 

Vidéo réalisée en partenariat avec Techfoliance

Une distorsion toujours importante entre attente des consommateurs et l’offre financiùre actuelle

Les services financiers ont pendant longtemps sous-estimĂ© les vagues du collaboratif et du digital qui ont Ă©mergĂ© dans les annĂ©es 2000. Si Airbnb, Uber et compĂšres ont rĂ©volutionnĂ© les secteurs de l’hĂŽtellerie et du transport en mettant au centre de leurs prĂ©occupations le consommateur et ses attentes, la finance a mis plus du temps Ă  connaĂźtre cette rĂ©volution. Les facteurs clĂ©s de succĂšs des services financiers ont Ă©voluĂ©.

DĂ©sormais le service en lui mĂȘme ne suffit plus, tout comme une nuitĂ©e n’est plus suffisante chez Accor ou un trajet chez G7, il faut dĂ©sormais mettre l’expĂ©rience au coeur du service, la berline noir, le paiement mobile, la bouteille d’eau et les bonbons pour les passagers sont sans doute les vrais Ă©lĂ©ments ringardisant les services de taxi.

La mĂȘme rĂ©volution a touchĂ© plus tardivement les services financiers. Si les grandes institutions bancaires ont longtemps eu le monopole de l’émission des moyens de paiement et de la gestion des comptes au quotidien, ou de l’émission de crĂ©dit, qu’en est-il en 2018 au jour oĂč tous ces services sont devenus des commoditĂ©s ?

A l’heure oĂč le consommateur est connectĂ© en permanence et oĂč l’instantanĂ©itĂ© prime, il faut encore se rendre dans son agence bancaire pour gĂ©rer toute demande qui sort du scope de “je paye avec ma carte ou fait un virement infĂ©rieur Ă  3 000€” (c’est du vĂ©cu).

Une intégration de la chaßne de valeur

Comme Ă©voquĂ© en prĂ©ambule, jusqu’à prĂ©sent, la premiĂšre vague fintech était centrĂ©e sur une offre simple axĂ©e sur un point prĂ©cis de la chaĂźne de valeur des services financiers. Qu’il s’agisse de paiement en ligne, de cagnotte, d’accĂšs au financement ou Ă  l’investissement ou mĂȘme de robot-advisor.

Certaines fintechs obtiennent une traction importante mais atteignent rapidement un plafond de verre dans leur croissance avec une difficultĂ© Ă  passer Ă  l’échelle supĂ©rieure.

Prenons l’exemple de Z, une nĂ©o-banque dĂ©diĂ©e au paiement entre amis via mobile sans frais. Si le service a disposĂ© trĂšs rapidement d’une importante communautĂ©, comment rĂ©pondre aux Ă©volutions des besoins bancaires des utilisateurs ? Comment monĂ©tiser une communautĂ© jeune et nomade dont Z a Ă©tĂ© pour certains le premier lien avec l’industrie financiĂšre au-delĂ  des livrets A ?

Si certains secteurs fintech prennent du temps Ă  passer le cap de rentabilitĂ© ou de monĂ©tisation, notamment en BtoC, dans l’épargne ou pour les applications PFM, la recherche et notamment AI et blockchain devraient permettre un fort dĂ©veloppement du niveau d’offre proposĂ© et une accĂ©lĂ©ration du ROI et donc de passer Ă  l’échelle de scale-up. Pour accompagner les consommateurs et rĂ©ellement croĂźtre aujourd’hui grĂące Ă  une intĂ©gration complĂšte de la chaĂźne de valeur, deux autres pistes :

Être absorbé pour devenir une feature efficace au sein d’un pool de services financiers existant permettant de rĂ©pondre aux diffĂ©rents besoins des jeunes actifs : accĂšs au moyen de paiement, compte en ligne, accĂšs au crĂ©dit immobilier etc.

Se diversifier en intĂ©grant nouveaux services et remonter la chaĂźne de valeur comme le font avec raison et succĂšs, Bankin, Linxo, Qonto en intĂ©grant les services de fintechs françaises Ă  leur plateforme ou dĂ©velopper son offre Ă  l’international, une stratĂ©gie mĂ©thodiquement exĂ©cutĂ©e par des acteurs comme Lendix ou Lydia.

Une vague de rachat qui permet aux acteurs traditionnels de rattraper leur retard et d’adapter leur offre

“Être absorbĂ©â€, est-ce Ă  dire que la rĂ©volution fintech s’essouffle ? « Il y a des signes qui montrent que la transformation du secteur financier promise par ces acteurs est bloquĂ©e : les avancĂ©es technologiques dĂ©ployĂ©es sont rĂ©elles, mais bon nombre de fintech ont du mal Ă  passer Ă  l’Ă©chelle supĂ©rieure », estime Accenture dans un rapport au titre Ă©vocateur et non moins sinistre (compte tenu des chiffres et annonces encourageantes pour le secteur) : « Fintech : la rĂ©volution a-t-elle avortĂ© ? »

De nombreuses entreprises fleuron de l’industrie fintech on fait le choix de se rapprocher d’institutions financiĂšres pour Ă©crire la nouvelle Ă©tape de leur croissance. BNP Paribas pour le Compte Nickel, La poste pour le groupe KissKissBankBank, Natixis pour Payplug et Dalenys.

Si les valorisations importantes peuvent justifier à elles-seules la volonté des actionnaires et fondateurs de céder leur entreprise, une question de fond se pose : une fintech peut-elle vivre à long terme loin des institutions financiÚres ?

Se diversifier, et travailler ensemble

Qu’il s’agisse d’investir plus facilement, d’accĂ©der au financement, de payer via mobile entre amis ou de gĂ©rer son patrimoine, les fintechs construisent aujourd’hui des actifs solides avec des offres qui viennent dĂ©poussiĂ©rer les services existants. Elles rĂ©solvent les pain points un Ă  un Ă  travers une expĂ©rience client souvent efficace, une approche digitalisĂ©e rendant l’usage simple et agrĂ©able et construisent des marques diffĂ©renciantes, moins impĂ©rieuses et plus user friendly.

Le consommateur, dans sa recherche permanente de singularitĂ©, de sur-mesure et d’efficacitĂ©, aura-t-il Ă  terme autant de partenaires ou fournisseurs qu’il a de problĂ©matiques financiĂšres Ă  gĂ©rer ?

Il est fort probable que l’on puisse bientĂŽt se passer de banque “traditionnelle”. Le consommateur de 2020 disposera d’un compte Anytime pour ses achats du quotidien, sĂ©curisera son portefeuille crypto avec Ledger, utilisera Fluo pour administrer ses couvertures d’assurances, fera appel Ă  Younited Credit pour son prĂȘt Ă  la consommation, investira sur Anaxago en capital et prĂȘtera sur Lendix, il sera conseillĂ© par WeSave, Ă©pargnera avec Bruno et gĂ©rera le tout depuis son interface Bankin ou Linxo ! L’entrepreneur.e en fera tout autant avec Shine, Lydia, Linxo, FinAvenue, SmartAngels, Kantox ou PayLead ! Les banques et assurances, se concentreront alors sur la vie rĂ©elle de leur clients et bĂ©nĂ©ficieront des services et API de Neuroprofiler, Budget Insight, Utocat, FundShop ou encore Lingua Custodia.

Ensemble et intĂ©grĂ©es les fintechs reprĂ©sentent une vĂ©ritable alternative capable de rĂ©pondre aux rĂ©els besoins et usages de notre siĂšcle de mobilitĂ©, d’efficacitĂ© et de transparence.

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Cet article fait partie d’une sĂ©rie de billets publiĂ©s dans le cadre de l’Ă©vĂšnement annuel organisĂ© par France Fintech : Fintech R:Evolution 2018, qui aura lieu le 10 Avril à Station FĂ  Paris, sur le thĂšme “Data Liberation”. A partager, commenter et liker sur LinkedIn avec le hashtag #FFT18