Courage politique d’une souveraineté analytique

Oct 14, 2020 | Actualité, Tribunes

La souveraineté analytique permet de garantir la liberté économique et sociale des pays et celles des individus, tout en garantissant un certain équilibre entre les nations afin d’éviter toute position dominante destructrice de valeur.

L’émergence d’outils numériques en période de confinement et de télétravail, les discussions sur l’application StopCovid ou encore le choix d’un acteur étranger pour l’hébergement des données de santé du pays, ont eu paradoxalement l’avantage de sensibiliser massivement le grand public sur le sujet de la souveraineté numérique jusque-là réservé en réalité à un nombre relativement restreint. Une compréhension des tenants et des aboutissants du fonctionnement de ces outils impose aujourd’hui de parler de souveraineté analytique, qui décrit plus justement les mécanismes et les enjeux de cette souveraineté qui porte sur les données des utilisateurs et non pas sur les fonctionnalités logiciels.

En effet, les outils numériques sont entre autres des vecteurs de collecte de données personnelles des individus qui les utilisent. Ces données peuvent ensuite être analysées et/ou utilisées au sein de modèles numériques plus ou moins avancés pour décrire une situation, en comprendre des mécanismes, voire en apporter des éléments de prédiction. On imagine facilement la valeur ajoutée de tels résultats à des fins de marketing, de ciblage publicitaire, voire plus tristement de manipulation d’opinion. On comprend alors l’importance d’une souveraineté analytique de la part de la France et plus stratégiquement de l’Union Européenne pour garantir la liberté économique et sociale des pays ainsi que celles des individus, tout en garantissant un certain équilibre entre les nations afin d’éviter toute position dominante destructrice de valeur.

Alors qu’on avance régulièrement l’argument technique pour justifier le choix d’un acteur étranger, souvent puissant, pour répondre aux besoins d’un pays de l’Union, le choix soulève bien plus d’un courage politique. Le courage de soutenir, d’accompagner, de faire grandir, ou tout simplement de croire en ses propres acteurs, quitte à accepter de répondre entièrement au cahier des charges et aux besoins du pays dans un lapse de temps plus long. Force est de souligner que l’Europe est également un puits de talents et de compétences à valoriser urgemment. Le temps joue contre l’UE par l’effet d’accélération des développements technologiques observé depuis une décennie, élargissant chaque jour un peu plus les écarts entre la maturité technologique des outils européens et ceux d’acteurs étrangers dominants.

Tout compte fait, c’est une bonne nouvelle. L’Europe possède des acteurs dont les compétences n’attendent que d’être déployées librement avec le soutien inconditionnel de leurs pays. La souveraineté analytique n’aura jamais été si simple d’accès, par une décision politique courageuse… tout simplement !

SOURCE > Journal Du Net