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Cyber : data, prévention, et innovation au coeur du pilotage du risque

Juil 8, 2025 | Collège Assurtech, Vues du secteur

Le marché de l’assurance cyber prend une importance croissante tout en restant extrêmement complexe avec la montée en puissance des cyberattaques et l’accroissement des risques liés à la cybersécurité. Aujourd’hui, ce secteur souffre à la fois d’un déficit de capacité et d’une méconnaissance du risque par de nombreuses entreprises, ce qui laisse encore un grand nombre d’entre elles non couvertes. L’innovation apparaît comme le levier indispensable pour répondre à ces enjeux. Pour cela, les assureurs adaptent leurs offres en proposant des produits performants et parfaitement calibrés aux besoins des entreprises. Ils s’appuient sur des solutions technologiques innovantes qui interviennent sur toute la chaîne de valeur : évaluation précise des risques, tarification juste des contrats, et accompagnement efficace dans la prévention et la gestion des incidents. Par ailleurs, les assurtech développent des solutions avancées pour modéliser et tarifer ces risques avec toujours plus de précision.

1. La menace cyber est protéiforme, croissante et de plus en plus sophistiquée

A. Une multitude de menaces existantes

Il existe une diversité des infractions cyber aujourd’hui : des faux investissements aux escroqueries de type “faux président”, en passant par la manipulation de l’information, les marchés noirs en ligne, les rançongiciels avec rançons en crypto-actifs, la diffusion de contenus pédopornographiques ou encore les fuites de données. Elles sont de plus en plus courantes et menacent l’ensemble de l’écosystème. Les attaques s’appuient sur des campagnes automatisées, mais aussi sur l’exploitation de failles humaines (vol d’identité, ingénierie sociale).
Les infractions numériques sont globalement en hausse, avec une majorité portant sur les atteintes aux biens (55,9 %), suivies des atteintes aux personnes (37,4 %) et, dans une moindre mesure, des atteintes aux institutions et à l’ordre public (6,2 %), en particulier dans des contextes sensibles comme les Jeux Olympiques.

B. Les avancées technologiques modifient les dynamiques d’exposition et de vulnérabilité des systèmes

D’un côté, la technologie amplifie l’intensité et la sophistication des cyberattaques : 

  • La blockchain s’est imposée comme un vecteur privilégié pour le blanchiment, le paiement de rançons ou les arnaques aux faux investissements. Les transactions illicites en crypto-actifs représentent au moins 40 milliards de dollars à l’échelle mondiale, soit 0,14 % des volumes — une part certes marginale, mais significative même si la proposition reste plus faible que dans le système traditionnel.
  • Parallèlement, les cybercriminels tirent parti des IA génératives pour industrialiser leurs attaques : campagnes de phishing automatisées, création de sites frauduleux, contournement de systèmes de protection, injections de code. Certains vont jusqu’à manipuler les algorithmes eux-mêmes, en altérant les données d’entraînement ou en exploitant leurs vulnérabilités.

Mais ces mêmes technologies offrent aussi de nouveaux leviers de défense : analyse des flux transactionnels, calcul de scores de risque, détection comportementale avancée…

C. Les cyberattaques peuvent entraîner des effets systémiques

L’attaque récente visant Harvest, éditeur de logiciels utilisés massivement par les professionnels de la gestion de patrimoine, a illustré la réalité d’un risque systémique en cybersécurité : une seule entreprise compromise peut entraîner des conséquences en chaîne pour des centaines, voire des milliers d’autres.

Ce type d’incident révèle que le risque cyber ne se limite pas à une dimension technique. Il est global : il concerne les aspects juridiques, la communication de crise, la réputation, ainsi que la gestion des tiers et des partenaires.

2. Le secteur se structure avec plusieurs modèles d’assurances proposés

Seules 15 % des entreprises françaises sont couvertes par une assurance cyber en 2024, selon l’étude Lucy menée par l’AMRAE. Ce chiffre révèle une large part d’acteurs encore non protégés, mais des disparités selon la typologie : 

  • La pénétration sur le segment des PME reste très faible — bien en deçà des attentes au vu de leur exposition croissante aux risques. 
  • Les grandes entreprises sont de plus en plus matures en matière de cybersécurité, au niveau de la gouvernance et des systèmes de défense ce qui permet une baisse des sinistres malgré la hausse des menaces. 

Les entreprises commencent à renforcer leurs dispositifs de cybersécurité sous la pression croissante des exigences réglementaires (NIS 2, DORA, RGPD). L’évolution du cadre légal les incite à s’équiper davantage.

  • De nouveaux modèles émergent :
    • Des assureurs qui s’appuient sur les technologies pour proposer des tarifs différenciés selon le niveau de sécurité de l’entreprise (bonus-malus, tarification dynamique). Le cas de Descartes, fondée en 2018, applique une approche scientifique à la souscription des risques complexes. Après avoir fait ses preuves sur d’autres verticales, elle a étendu cette méthode à l’assurance cyber avec le lancement de son offre en février 2024. Dattak, créée en 2021, est spécialisée dans l’assurance cyber pour les entreprises, de la TPE à l’ETI. Elle combine couverture et outils de prévention afin de réduire la probabilité d’occurrence du risque. Plus de 2 000 entreprises sont aujourd’hui assurées en France et en Europe.
    • Des mutuelles cybersécurité où les assurés sont membres, avec un fonctionnement plus transparent et participatif comme Miris s.a., compagnie d’assurance cyber mutualiste dédiée aux grands groupes (chiffre d’affaires supérieur à 5 milliards d’euros). Son modèle repose sur un alignement fort des intérêts : les membres sont à la fois assurés et co-propriétaires, favorisant transparence et coopération. Elle compte 15 membres répartis entre la France, la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas.

3. La donnée est au coeur des enjeux des assurances cyber 

A. Les assurances cyber s’appuient sur des sources de données multiples et diversifiées mais peu structurées

L’assurance cyber dispose de moins d’historiques que les assurances classiques type automobile ou habitation (données de sinistralité privées et longues séries historiques). Les informations disponibles sont nombreuses mais peu structurées. Les données utilisées par les assurances cyber proviennent d’une diversité de sources : 

  • Les assureurs exploitent leurs propres données internes, telles que les historiques de sinistres et les profils de souscription, ainsi que les résultats d’audits de sécurité menés auprès des entreprises assurées.
  • Ces informations sont complétées par des données externes, notamment issues du dark web et du web profond, où circulent des renseignements sur des vulnérabilités exploitées ou des incidents signalés. 
  • Les assureurs s’appuient également sur des sources de renseignement cyber spécialisées, qui fournissent des informations sur les menaces émergentes et les vulnérabilités, ainsi que sur des données publiques relatives à la conformité réglementaire et aux normes de sécurité.

B. Les assureurs utilisent ces données pour développer des modèles prédictifs pour mieux évaluer les risques

La modélisation devient essentielle pour bâtir une approche scientifique du risque. Elle repose sur l’élaboration de modèles prédictifs avancés, capables de refléter la complexité et la volatilité des menaces, notamment les risques d’accumulation de sinistres. Cette démarche doit composer avec des données souvent incomplètes ou hétérogènes, rendant le travail de calibration particulièrement exigeant.

Pour Descartes, cette logique s’applique directement à la souscription : un pricing robuste repose sur des fondamentaux clairs et offre une meilleure couverture au client. En affinant l’analyse du niveau de maturité cyber d’une entreprise, Descartes adapte la prime au profil de risque, valorisant ainsi les efforts de prévention.

Pour Dattak, les données permettent de construire des modèles de tarification dynamiques, évolutifs tout au long de la vie du contrat. La capacité à exploiter cette donnée devient un facteur différenciant majeur.

Pour Miris, la logique est mutualiste plus que tarifaire : la tarification du risque est remplacée par une approche de coassurance entre membres. Cela suppose deux exigences en matière de données :

  • À l’entrée, un haut niveau d’exigence en transparence et en qualité de l’évaluation du risque, car un incident peut mobiliser les ressources de l’ensemble des membres.

En continu, une logique de prévention collective : la donnée sert à comprendre et anticiper les menaces systémiques, au service de tous.

C. La souveraineté et la sécurité des données constituent des défis majeurs pour les acteurs

La question du stockage et de la maîtrise des données critiques est au cœur des préoccupations. Les assureurs gèrent aujourd’hui des volumes croissants d’informations confidentielles, y compris sur les vulnérabilités des systèmes d’information de leurs clients. Ils deviennent eux-mêmes un maillon exposé de la chaîne de valeur, et doivent s’interroger sur la localisation, la sécurité et la souveraineté des infrastructures qu’ils utilisent. En somme, la souveraineté en matière de cybersécurité ne se limite pas à un enjeu de localisation des serveurs : elle implique une chaîne de confiance, de transparence et de conformité qui engage l’ensemble des acteurs du secteur, des éditeurs aux assureurs en passant par les entreprises clientes.

La donnée devient donc un levier stratégique, à la fois pour le pilotage du risque et la compétitivité des assureurs.

4. La prévention et l’anticipation sont essentielles pour parer les attaques

A. L’évaluation du risque se fait désormais en continu, avec des outils technologiques qui permettent de scorer la posture cyber d’une entreprise. 

Des solutions évaluent en temps réel la surface d’exposition des entreprises, leur posture de sécurité, leur conformité réglementaire et leur capacité de remédiation. 

Par exemple, la solution de Board of Cyber fournit des métriques actualisées en continu, permettant d’évaluer avec précision le niveau de risque des prospects dès les premières étapes de la relation. En intervenant en amont dans la chaîne de valeur, Board of Cyber offre un avantage concurrentiel : mieux comprendre son exposition pour mieux la maîtriser. Le score délivré est clair, pédagogique et évolutif, facilitant le suivi dans le temps et l’amélioration de la posture de sécurité. 

Citalid intervient à plusieurs niveaux de la chaîne de valeur de l’assurance cyber, en combinant analyse du risque, renseignement cyber et modélisation économique. Côté assurés, la solution aide les entreprises à mieux comprendre leur exposition, à prioriser les investissements de cybersécurité en fonction de leur retour sur investissement, et à adapter leur couverture d’assurance au niveau du risque réellement identifié.

Les technologies comme les EDR (Endpoint Detection and Response) sont de plus en plus utilisées. Harfang Lab s’est spécialisée dans la protection des terminaux face aux attaques cyber avancées. L’entreprise a développé une solution d’EDR permettant de détecter, analyser et répondre aux incidents de sécurité en temps réel.

L’analyse s’étend également aux tiers de l’entreprise (supply chain). Par exemple, Trustable propose une plateforme à destination des banques et des assurances pour évaluer en continu la cybersécurité de leurs tiers, en tenant compte à la fois de leur niveau de criticité dans la chaîne de valeur et de l’évolution des menaces dans le temps. L’outil permet aux entreprises de cartographier et suivre la posture de sécurité de leurs partenaires, tout en offrant à ces derniers la possibilité de valoriser leur démarche de cybersécurité : les données collectées peuvent ainsi être réutilisées pour souscrire à une assurance cyber ou apporter des garanties à leurs clients et partenaires.

Les plateformes d’investigation et d’orchestration sont des critères clés pour rendre une entreprise assurable. Les assureurs peuvent désormais exiger certaines protections (notamment EDR) pour accorder un contrat.

B. L’assurance cyber évolue vers une logique d’accompagnement et de prévention

Dans le budget global, la part dédiée à l’assurance augmente, sans pour autant réduire les investissements en prévention (actuellement répartis à 90 % pour la prévention et 10 % pour l’assurance). En France et en Europe, les entreprises font face à un nombre croissant d’obligations contractuelles liées à la cybersécurité qui les encourage à agir en prévention.

Citalid intervient dès la phase de prévention, en vulgarisant les scénarios de menace pour les clients et en contribuant à une meilleure tarification des polices. L’outil permet également de modéliser les risques d’accumulation ou de cyber-événements systémiques, apportant une aide précieuse dans l’élaboration de stratégies de couverture globale.

L’un des aspects importants est la compréhension de la menace. Un important effort de sensibilisation a été mené ces dernières années pour faire prendre conscience aux entreprises de l’enjeu crucial que représente la cybersécurité.

Cette approche globale se traduit par une hybridation des services proposés, qui combinent la prévention (scoring, audit, remédiation), la gouvernance (sensibilisation, plans de crise), la contractualisation (polices ajustables, conditions suspensives), et la réponse aux incidents (intervention technique, juridique, communication). À terme, l’assurance cyber pourrait inclure des services complets de pilotage de la gouvernance de sécurité, adaptés aussi bien aux PME qu’aux grands groupes.

 

Conclusion

L’assurance cyber est en train de changer de paradigme. De simple produit de couverture, elle devient un outil stratégique d’accompagnement, structuré autour de la donnée, de la prévention et de la gouvernance.
Elle constitue un maillon essentiel dans la chaîne de valeur de l’assurance face à des menaces qui ne cessent d’évoluer, et elle pousse les entreprises à élever leur niveau de maturité pour rester assurable.

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