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L’Open Banking : une opportunité pour les clients !

Sep 30, 2021 | Tribunes

La déclaration du nouveau président de la Fédération Bancaire Française en première page des Echos du 28 septembre (article intitulé « La charge des banques contre les start up de la flnance ») nous interroge.

Tout  dabord,  elle  va  à  contre-courant  des  prises  de  position  publiques  de nombreux dirigeants du monde bancaire français et européen, qui sont ouvertement  favorables  à  l’Open  Banking   défini  dans  larticle  comme  «  le principe  selon  lequel  les  flntech  peuvent,  sous  conditions, accéder aux données bancaires  des  banques  ».  Les  banques  européennes  se  sont  engagées  dans l’Open  Banking,  de  plus  en  plus  considéré  comme  un  axe  de  leur  propre stratégie. Les grands établissements français ont pris leur pleine part dans ce mouvement,  plusieurs  dentre  eux  sinscrivant  désormais  en  pointe  dans  ce domaine.

Ces propos nous font revenir plusieurs années en arrière. En eet, remettre en cause l’Open Banking consiste à contester la deuxième directive européenne sur les paiements, dite « DSP2 » adoptée en juillet 2013 et entrée en application en janvier 2018. Celle-ci permet aux consommateurs européens de partager leur historique de transactions bancaires avec un acteur tiers régulé afin daccéder  à  de  nouveaux  services  (transfert,  crédit,  etc.)  :  il  sagit  donc  dune véritable amélioration de lore de services bancaires pour les clients.

Elle a donné lieu à dinnombrables concertations et groupes de travail – raison pour laquelle tant dannées y ont été consacrées – et a été transposée dans les législations nationales. Elle complète positivement le « Règlement Général sur la Protection des Données » (RGPD) pour faire du citoyen le centre dun dispositif à la fois protecteur et générateur dopportunités.

La  préoccupation  du  président  de  la  FBF  quant  à  la cessité  déviter  une dissémination  des  données  dhistorique  de  compte  bancaire  des  clients  est parfaitement légitime. Nous la partageons totalement. Elle est dailleurs au cœur des modèles des fintech et plus largement de ce que constitue le modèle européen de protection des données.

Rappelons à cet égard quelques données essentielles :

Les fintech sont régulées et supervisées par les mêmes régulateurs et superviseurs  que  les  banques  (ACPR,  AMF  et  CNIL).  Sans  entrer  dans  des considérations trop techniques, disons que deux philosophies de régulation coexistent en Europe et dans le monde :

  • celle dite du « bac à sable » (pour simplifier, une réglementation moins contraignante pour les start-up)
  • et celle du « Level Playing Field » (traitement équitable) qui exige la même réglementation pour un même type dopération.

Cette dernière option est le choix de la France et, même si elle nous place à certains égards en situation délicate en termes de concurrence européenne, nous y souscrivons car lobjectif essentiel est de protéger le consommateur.

Gardons à l’esprit que deux tiers des fintech travaillent avec les banques, en

«BtoB», notamment dans le domaine du paiement (agrégation de compte, initiation de paiement, etc), lesquelles valident de ce fait la fiabilité des solutions oertes. On dénombre déjà plus de 500 accords de coopération entre les fintech françaises et les établissements bancaires et dassurance en France. La plupart des groupes bancaires sont allés plus loin encore en faisant lacquisition de fintech et en les intégrant dans leur dispositif.

Enfin, il est important den revenir à ce qui constitue le cœur même de l’Open Banking tel que voulu par la Commission Européenne et les Etats membres : lamélioration du service bancaire du client à lheure du digital et laccroissement de lore.

Deux principes majeurs doivent nous inspirer :

  • Le client doit se voir proposer des services sécurisés et innovants, améliorant la qualité de la prestation ;
  • la  réglementation  européenne  et  la  DSP2 encadrent strictement l’Open Banking   :   léchange   de   données   prend   place   dans   le   cadre  dune instruction expresse donnée par le client à un acteur régulé (fintech ou établissement financier) et toutes sortes de dispositions techniques sont mises en place pour la sécuriser (interface informatique dite «API» – gérée en France par la banque elle même -, «authentification forte»).

La donnée associée à un client n’appartient ni à la banque ni à la fintech, mais au client lui-même. Il en dispose comme bon lui semble et est en droit de la partager avec un prestataire qualifié pour obtenir des services.

Souvenons-nous des débats qui ont débouché, en 1994, sur la législation rendant la «propriété» des données du dossier médical au patient. Certains médecins ont eu du mal à accepter ce changement de nature, invoquant le risque de dissémination dinformations sensibles. Il ne sen est pas moins imposé car il sert lintérêt profond du citoyen. Il en sera de même pour l’Open Banking.

Les fintech ne sont pas le problème, mais un élément de la solution, y compris pour les banques qui le démontrent chaque jour en travaillant avec elles. Cette  coopération  est  essentielle  pour  contrer  loffensive  montante  dans  les services financiers des Big Tech (GAFAM américains et BATX chinois) qui, par une exploitation intensive des données, connaissent souvent mieux leurs utilisateurs que   les   banques   connaissent   leurs clients.   La   coopération   entre  banques traditionnelles et fintech est dès lors un levier majeur de souveraineté technologique.

Les fintech sont engagées dans cette bataille qui commence. Le plus souvent au côté des banques et parfois en concurrence saine avec elles. Nos innovations respectives doivent avant tout proter au client et à lintégrité de ses données.

La  France  dispose  dun  tissu  performant  dacteurs  financiers,  composé  de banques, groupes dassurance, sociétés de gestion et fintech, qui constitue une opportunité pour notre pays et contribue à maintenir sa souveraineté, à condition de fonctionner en écosystème.

À lire aussi :
Les Echos – Les fintech contre-attaquent après la charge des banques contre l’Open Banking
Maddynnes – Les fintech dénoncent les attaques des banques sur l’Open Banking
C’est pas mon idée – Peut-on ne pas croire à l’Open Banking