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Peut-on ne pas croire à l’Open Banking

Sep 30, 2021 | Tribunes

Suite aux déclarations du nouveau président de la Fédération Bancaire Française concernant l’Open Banking, découvrez la tribune de Patrice Bernard auteur du blog C’est pas mon idée !, sur les enjeux de ce système bancaire.

Donc, Nicolas Théry, président du Crédit Mutuel et, pour un an, de la Fédération Bancaire Française, affirme dans un entretien avec Les Échos « ne pas croire » à l’ouverture de la banque. Si son discours profondément anti-DSP2 n’a rien de neuf et ne surprend pas, il semble tout de même traduire un manque de lucidité abyssal et consternant.
 
Premier constat (et première stupeur), la diatribe n’aborde que le volet du sujet exposé par la réglementation européenne, qui contraint tous les établissements gérant des comptes de paiement à permettre à des tiers dûment accrédités d’accéder à ceux-ci pour leurs clients (avec leur autorisation). M. Théry n’hésite pas à qualifier le texte d’absurdité, arguant de l’impératif qu’il y aurait à laisser les informations sensibles dans les coffre-forts des banques, de manière à éviter les risques qu’entrainerait leur divulgation.
 
Comme dans toutes les attaques du genre, il n’est évidemment pas fait mention de quelques vérités essentielles, dont, entre autres : la protection que doivent garantir les entités utilisatrices des services mis à leur disposition, soumises sur ce plan à une réglementation aussi rigoureuse que les banques, le simple fait que les données concernées appartiennent au client (au même titre que ce qu’il déposerait dans un coffre-fort) ou encore la réalité d’une pratique ancienne (qui n’a jamais eu à transmettre des relevés d’opérations ou des bulletins de salaire pour telle ou telle démarche ?).
 
Surtout, nulle part n’est mentionné l’objectif initial de la directive des services de paiement incriminée. Or l’encouragement de la concurrence, puisque c’est de cela qu’il s’agit, reste un enjeu brûlant pour l’Europe, alors que les premières solutions par virement émergent tout juste. Le patron du Crédit Mutuel est prompt à pointer du doigt les pratiques anti-compétitives des géants technologiques (mettant en exergue la réaction du régime chinois, un comble !), en oubliant que son industrie est visée par la même accusation.
 
Il n’hésite d’ailleurs pas à déclarer son désir de faire purement et simplement disparaître la FinTech, diabolisée, qui serait le vecteur d’une « vaporisation » des données des clients et d’une « fragilisation » des systèmes informatiques, sous le prétexte que les acteurs traditionnels sont parfaitement capables d’innover. Ce qui revient à nier les progrès accomplis dans la douzaine d’années écoulées. Le paiement fractionné, par exemple, ne décolle que parce qu’il est devenu accessible instantanément, grâce à des jeunes pousses exploitant en temps réel les historiques de transactions des demandeurs.
 
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