L’assurance face aux risques climatiques : entre urgence d’adaptation et révolution technologique
Sécheresses, inondations, tempêtes, grêle… les événements climatiques extrêmes se multiplient, provoquant une explosion de la sinistralité et une remise en cause profonde du modèle assurantiel.
Ce mardi 14 octobre, lors des Rencontres Thématiques du Collège Assurtech de France FinTech, en partenariat avec Majorel et Howard Partners, experts, assureurs et start-up ont échangé sur deux questions centrales : la viabilité des modèles classiques face à la multiplication des sinistres, et le rôle des technologies dans la transformation du secteur.
I. Les modèles assurantiels classiques à l’épreuve des dérèglements climatiques
A. Un risque croissant difficile à absorber
L’intensification et la fréquence des événements climatiques entraînent une hausse inédite des pertes économiques pour les assureurs. En France, le coût des catastrophes naturelles s’élève à 5 milliards d’euros en 2024, tandis que le régime Catnat enregistre un déficit structurel de 2 milliards d’euros par an.
Les causes sont multiples : hausse de la fréquence et de la sévérité des événements, urbanisation croissante des zones à risque, concentration des expositions.
Pour les assureurs, les difficultés s’accumulent : seulement 40 % des pertes sont assurées, et nombre d’entre eux peinent à absorber le risque croissant.
Certains préfèrent exclure des périmètres de garantie, d’autres revoient leurs tarifs à la hausse ou adaptent leurs offres à de nouveaux types d’actifs.
B. Modéliser le risque pour restaurer la soutenabilité
C’est dans ce contexte que Descartes Underwriting propose des solutions basées sur la modélisation fine des risques climatiques et sur les produits d’assurance paramétriques.
Ces produits utilisent une multitude de paramètres (vent, précipitations, intensité des événements) pour calculer automatiquement l’indemnisation.
« L’enjeu est de fournir aux assureurs des prix basés sur une évaluation robuste des risques, adaptée à la réalité locale », explique Maxime Deroubaix, Chief of Staff – Underwriting & Commercial, Descartes Underwriting
Descartes conçoit des produits sur mesure, à partir de données locales — par exemple, la fréquence des épisodes de grêle sur une zone précise.
Cette approche permet d’indemniser plus vite, de réduire les temps d’arrêt d’activité et d’offrir une protection adaptée à la nature du risque.
L’entreprise s’appuie également sur l’IoT, avec des capteurs de niveau d’eau installés au plus près des clients pour mesurer avec précision l’occurrence et l’intensité d’une inondation, déclenchant automatiquement les paiements en cas de sinistre.
C. IA et lutte contre la fraude
Pour Shift Technology, l’enjeu est de fiabiliser et d’accélérer la gestion des sinistres, enjeu crucial notamment lors des événements climatiques.
L’entreprise s’est d’abord appuyée sur l’IA prédictive, capable de détecter des signaux faibles et des patterns de fraude.
Elle a ensuite exploré l’IA générative, et s’oriente désormais vers l’IA agentique, capable de prendre des décisions autonomes dans la chaîne d’indemnisation.
Shift aide les assureurs à automatiser la gestion des sinistres, à mieux gérer leur stock grâce à des scores de priorisation intelligents, et à détecter la fraude, afin d’aider au mieux les conseillers, notamment lors d’une vague de déclarations suite à une tempête, une inondation, etc.
Fait notable : 35 % de son chiffre d’affaires est réinvesti en R&D, preuve de la place centrale de l’innovation dans sa stratégie.
D. Redonner une place centrale à la recherche et au territoire
Pour Natacha False, sociologue à Altæ Technopole Niort Deux-Sèvres, la réponse au défi climatique passe aussi par un changement culturel et une meilleure synergie entre laboratoires de recherche, start-up et assureurs.
Sa structure sert de passerelle entre innovation technologique et sciences sociales, en testant concrètement les solutions dans les territoires.
L’objectif : construire avec son territoire et ses ressources (notamment les assurances et les collectivités en Deux-Sèvres) des écosystèmes favorables pour innover et s’adapter. Opération Phoenix est l’outil et le terrain de jeu pour cela !
II. L’innovation technologique : moteur de la transformation assurantielle
A. L’IA et les données, leviers d’un nouveau modèle
L’IA devient le socle des nouvelles approches de modélisation du risque, avec un rôle prépondérant de l’IA agentique et des partenariats de recherche avec des doctorants et de grands assureurs.
Ces travaux visent à automatiser la gestion des sinistres, à intégrer les données partagées dans un écosystème élargi, et à garantir une transparence accrue sur les décisions d’indemnisation.
Cette approche s’accompagne d’une démarche sociologique : comprendre le cadre réglementaire, les pratiques des collectivités, et l’évolution culturelle d’un secteur historiquement prudent.
B. Nouvelles solutions de modélisation climatique
Celest.science, Kraeken et Hydroclimat incarnent cette nouvelle génération d’acteurs capables de relier climat, physique et économie.
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Celest.science développe deux produits :
- des courbes de fréquence corrigées du changement climatique, utilisées pour la tarification et la transparence des portefeuilles d’assurance ;
- un modèle prédictif météo jusqu’à un an, utile notamment aux marchés financiers pour les produits dérivés climatiques.
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Kraeken simule l’exposition des bâtiments aux risques climatiques à partir de données météorologiques et de représentations 3D des territoires.
En faisant « couler » l’eau virtuellement dans la ville, l’entreprise estime le coût de l’inaction et propose des polices adaptées à chaque adresse.
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Hydroclimat part du constat que 70 % des activités humaines sont exposées à un risque climatique, et que les données passées ne permettent plus d’assurer l’avenir.
Ses modèles corrigent les biais des scénarios climatiques et descendent à des résolutions locales, indispensables pour la tarification.
C. Les freins à l’adoption : culture du risque et ROI difficile à démontrer
Malgré la maturité des technologies, leur adoption reste freinée par plusieurs facteurs.
- Manque de prise de conscience et une économie encore trop réactive : beaucoup d’acteurs traditionnels n’évolueront qu’à la suite d’une crise majeure.
- Difficulté à démontrer le retour sur investissement : convaincre que la prévention coûte moins cher que la réparation reste un défi.
- Aversion au risque : la peur de changer des modèles éprouvés bloque parfois les transformations.
Comme l’a souligné Priscille Beguin « ne rien faire, c’est condamner le secteur dans les quinze prochaines années ».
Les assureurs veulent avancer, mais peinent encore à savoir comment intégrer concrètement ces innovations à leurs modèles.
Conclusion
Face à l’accélération du changement climatique, le secteur de l’assurance doit à la fois absorber un risque croissant, réinventer ses modèles économiques, et intégrer massivement la donnée et la technologie.
Les solutions émergentes — IA agentique, produits paramétriques, simulation 3D, modélisation climatique — ne remplacent pas les modèles classiques, mais les complètent intelligemment.
Elles permettent une indemnisation plus rapide, une tarification plus juste, et une meilleure compréhension des impacts économiques du climat.
Cette transformation ne sera pas que technologique : elle est aussi culturelle et collective.
À la croisée de la science, de la donnée et du territoire, l’assurance climatique de demain sera plus prédictive, équitable et résiliente.



