SOS Retraite : les Français ont besoin d’aide

Oct 13, 2020 | Actualité, Tribunes

Quand il s’agit d’aborder l’épargne retraite, on a tendance à botter en touche ! Pourtant, nous sommes tous plus ou moins conscients que nos retraites sont en danger.

Argent, finance, placements… des termes toujours aussi tabous en France ! Alors quand il s’agit d’aborder l’épargne retraite, on a tendance à botter en touche ! Pourtant, parce qu’on nous le répète depuis des années dans les médias, et que le sujet revient sur la table à chaque nouveau quinquennat, nous sommes tous plus ou moins conscients que nos retraites sont en danger. Une inquiétude exprimée par au moins deux tiers des Français qui estiment que le montant de leurs futures pensions ne sera pas suffisant pour vivre correctement à la retraite. S’ils comptent uniquement sur le système de retraite actuel, leur inquiétude risque d’être confirmée. En effet, le système actuel ne sera pas suffisant pour une majorité des retraités français dans un futur de plus en plus proche. Aussi, dès lors qu’on en a la capacité, il est primordial d’anticiper et commencer à épargner pour compenser au maximum cette baisse de revenus future. Pour autant, encore faudrait-il savoir comment faire. Et à ce jeu-là, les Français sont loin d’avoir toutes les cartes en main pour bien jouer la partie.

Un système de retraite Français historiquement généreux mais à bout de souffle !

Le système de retraite par répartition que nous connaissons, généralisé en France au cours de la seconde guerre mondiale dans un contexte de baby-boom et de croissance économique forte, a permis de servir aux salariés Français des pensions “convenables” pendant des années, sans qu’ils ne se préoccupent de la préparation de leur retraite à titre personnel. Aussi, à l’exception de certaines catégories socio-professionnelles qui bénéficiaient de systèmes moins avantageux (artisans, commerçants, agriculteurs, professions libérales, dirigeants d’entreprises, etc.), la faible décote entre les revenus d’activité et les pensions servies grâce aux régimes de retraite en place jusqu’à présent n’a pas incité les Français à être prévoyants et à épargner pour compléter leurs pensions. La majorité des Français est donc peu aguerrie et avertie en termes de produits d’épargne par rapport à ses voisins européens.

Cependant, au vu de l’évolution de la démographie actuelle (augmentation de l’espérance de vie, différence entre la proportion d’actifs et de retraités notamment), le budget du régime des retraites est désormais totalement déséquilibré. Il est évident que le système actuel ne sera pas suffisant pour servir les mêmes niveaux de pension qu’auparavant à tous les Français, quel que soit leur niveau de revenu en activité. Il est donc indispensable que chacun en prenne conscience. On entend beaucoup dire, et notamment dans les plus jeunes générations que la retraite “il n’y en aura pas !”. C’est justement parce que c’est en partie vrai qu’il convient de l’anticiper et de se prendre en main pour s’y préparer.

Des Français fâchés avec la finance

Quand bien même il existe une inquiétude grandissante dans le pays sur le sujet des retraites, seulement 1 Français sur 5 déclare avoir déjà pris des mesures pour la préparer sur le plan financier. Et ce n’est pas surprenant : 77% des Français estiment avoir peu ou pas de connaissances en matière d’épargne ! Ce manque de connaissances financières les amène à repousser ce moment de préparation de la retraite qui intervient beaucoup plus tardivement en France que chez la moyenne de nos concitoyens européens par exemple. Quand on sait que le montant d’épargne nécessaire pour obtenir environ 1 000 euros de rente mensuelle à la retraite est d’environ 300 000 euros, l’urgence de cette anticipation devient tout de suite plus concrète !

Parce qu’ils ne les maîtrisent pas suffisamment, les Français sont aussi très méfiants à l’égard des produits d’épargne au sens large, et encore plus des produits d’épargne retraite qu’ils jugent souvent opaques et surtout trop risqués. Ils préfèrent bien souvent s’en remettre à des produits d’épargne de précaution plus sécurisés et liquides comme le Livret A ou le fonds euros de leur assurance-vie ou plus tangibles comme l’immobilier. Des produits dont les rendements s’étiolent depuis plus d’une décennie, qui ne sont pas adaptés à la préparation de leur retraite et qui sont dans bien des cas sous-performants (le taux du livret A est depuis des années inférieur à l’inflation).

Un devoir de pédagogie et d’accompagnement des acteurs institutionnels

Le manque de transparence, de conseils et d’accompagnement de la part de la majorité des acteurs financiers participe grandement à cette méfiance et à ce désintérêt de la plupart des Français à l’égard des produits financiers. L’absence d’éducation économique et financière en France doit également être mise en cause quand on sait que chez certains de nos voisins européens, ces notions sont abordées dès le primaire.

Pour que les Français prennent pleinement conscience à titre individuel de la nécessité de bien préparer leur retraite, et adoptent les bonnes méthodes pour le faire, il faut qu’ils aient toutes les cartes en main. Et pour cela, une prise de conscience collective de la part de l’État, des gestionnaires d’épargne ou encore des assureurs quant à leur rôle essentiel en matière de pédagogie financière est tout aussi indispensable.

De premières initiatives sont nées pour pallier ce manque de connaissance et simplifier les produits existants comme la création du Plan d’Épargne Retraite (PER) ou plus récemment, les “Rendez-vous de l’épargne”, des conférences en ligne pour promouvoir la culture financière des Français créés à l’initiative de l’ACPR et l’AMF. Tout ça n’est pas suffisant. Bien que l’on se targue en effet depuis le début de l’année du succès de ce fameux PER en matière de collecte, cette collecte reste concentrée sur une frange trop faible de la population.

Et les entreprises dans tout ça ?

2 Français sur 3 estiment par ailleurs qu’il revient à l’entreprise de participer à l’amélioration du niveau de retraite de ses collaborateurs, et ils sont même 72% à estimer que les entreprises devraient être obligées de mettre en place un dispositif d’épargne retraite à l’instar de la mutuelle d’entreprise. Pour que les Français puissent préparer leur retraite dans les meilleures conditions, les entreprises ont effectivement un vrai rôle social à jouer pour leur collaborateur. L’État commence à pousser dans cette direction, avec des incitations fiscales notamment, quoique parfois timides (exonération des charges patronales, primes versées déductibles du bénéfice imposable, forfait social à 16% au lieu de 20%), mais les entreprises qui mettent en place ce type de dispositifs pour l’ensemble de leurs collaborateurs restent encore trop peu nombreuses.

Si les Français continuent à penser qu’ils pourront uniquement compter sur un État providence pour vivre une retraite paisible, et que la préparation de leur retraite commence après 45 ans, ils se leurrent. Si l’État, les banques et les assureurs pensent que les Français vont se réconcilier avec la finance demain et massivement épargner en prévision de leur retraite, ils se leurrent tout autant. Il est urgent qu’une prise de conscience collective et individuelle sur la nécessité d’éduquer les Français à la préparation de leur retraite ait lieu de la part de l’ensemble des parties prenantes si l’on ne veut pas laisser une partie de nos futurs aînés sur le bord de la route ! Individus, entreprises, acteurs institutionnels, État, la retraite de demain doit être l’affaire de tous.

SOURCE > Journal Du Net