Le marché de l’assurance auto représente un potentiel considérable, avec 26 milliards d’euros de primes en 2023 selon France Assureurs, dont 75 % sont captés par les 10 plus grands acteurs. En France, il est marqué par une pression accrue sur la rentabilité, poussant les assureurs à optimiser toutes ses composantes, telles que les tarifs, les commissions et la gestion des sinistres. L’enjeu pour les assurtech réside dans leur capacité à pénétrer ce marché complexe et compétitif.
Considérée comme un produit d’appel, obligatoire et très concurrentiel, l’assurance auto souffre historiquement de performances techniques médiocres (S/C proche des 100 %).
Sur le plan conjoncturel, l’assurance auto a dû faire face en 2024 à trois phénomènes majeurs :
- La poursuite d’une forte inflation depuis le Covid, ayant entraîné une augmentation significative du coût moyen des sinistres, atteignant parfois +10 à +15 % par an.
- La multiplication des phénomènes climatiques, notamment les épisodes de grêle.
- Les défis spécifiques liés à l’assurance des véhicules électriques.
Cette situation a conduit les porteurs de risques à revoir leurs stratégies sur les risques liés à l’automobile, soulevant ainsi la problématique de la disponibilité des capacités assurantielles.
Ceci remet en question certains paradigmes dans l’assurance automobile et posent plusieurs défis majeurs pour les assurtech :
- La recherche de porteurs de risques. Plus que jamais, ce défi devient de plus en plus complexe pour les assurtech qui doivent démontrer leur maîtrise des risques et proposer aux porteurs de risques d’autres risques pour aiguiser leur appétit. Acheel est porteur de risque pour l’ensemble de ses autres lignes de produits d’assurance, mais s’appuie sur un autre porteur de risque pour l’assurance auto. La difficulté augmente lorsqu’il s’agit de couvrir des acteurs de la mobilité opérant sur plusieurs pays du fait de l’organisation décentralisée des assureurs et des spécificités locales telles que les conventions en France. C’est la problématique de Datafolio.
- La fluidification et l’intégration des parcours d’assurance. L’enjeu est d’être capable d’offrir de l’assurance “embarquée” dans les parcours de vente de mobilité, comme le fait Flitter avec Autohero pour faciliter l’expérience client ainsi que l’expérience partenaire. La démocratisation des APIs a permis l’accélération de l’assurance “embarquée”.
- L’évolution du rôle de courtier. Historiquement les assurtech se sont plutôt positionnées comme “simples” apporteurs d’affaires. Dans le contexte de marché actuel, les assurtech se sont rapprochées de plus en plus des prérogatives des assureurs en développant une véritable ingénierie de sélection des “bons risques”. Par exemple, Leocare utilise la donnée pour segmenter les prospects dès leur interaction initiale, en analysant des éléments tels que les canaux d’acquisition, le temps passé sur les interfaces ou les appareils utilisés. Cette approche permet d’exclure les profils non souhaités avant même la souscription, optimisant ainsi le portefeuille client. De son côté, Acheel a développé un outil IA pour analyser les souscriptions qui sont questionnées ou annulées si cela ne semblent pas conformes.
- L’utilisation de la donnée pour la tarification. Les solutions technologiques ont permis de réaliser un suivi et des ajustements quasi “temps réel” de leurs portefeuilles permettant aux assurtech de dialoguer plus d’égal à égal avec leurs partenaires assureurs et de s’adapter rapidement aux changements de marché (ajustement des tarifs par exemple). En intégrant des données télématiques fines, Datafolio ajuste les tarifs en fonction de multiples paramètres (moment de la journée, zone géographique, type de trajet etc.) permettant de déployer un véritable pricing dynamique. Autre exemple, Korint a développé une architecture tech permettant de collecter tous les événements de la vie d’une police d’assurance, utiliser des points de données réels et d’enrichir la données avec des outils de télématique avec leur partenaire DriveQuant. Pour une collaboration fluide et efficace entre l’assureur et son courtier, les bonnes pratiques d’une communication régulière, de compréhension mutuelle et de transparence sont de plus en plus d’actualité.
- L’amélioration constante des moyens de lutte contre la fraude. Les assurtech proposant des parcours 100 % en ligne sont plus facilement la cible des fraudeurs que les acteurs traditionnels. Ensuite, le défi reste le même depuis toujours : celui de garder un temps d’avance sur les fraudeurs en s’appuyant notamment sur des outils d’IA pour faciliter la détection des faux documents ou des comportements frauduleux. Flitter a mis en place un parcours photo d’expertise ou l’assuré doit nécessairement envoyer des photos du sinistre pour tous les sinistres non expertisés et notamment bris de glace lorsqu’il passe par un réseau de garagiste non partenaire.
- La surveillance et la maîtrise des coûts des sinistres. Les assurtech doivent jouer sur les mêmes leviers que les assureurs pour maîtriser les coûts de gestion des sinistres, notamment l’orientation des clients vers des réseaux de réparateurs partenaires (30 à 40 % d’économies). À ses débuts, Flitter ne disposait pas d’une envergure suffisante pour négocier des tarifs avantageux. En deux ans, l’entreprise a triplé la taille de son portefeuille, lui permettant ainsi de renégocier son partenariat avec Carglass. À titre d’exemple, l’augmentation des coûts de réparation des bris de glace a récemment animé les assureurs (et leurs courtiers) pour éviter les dérives du type chèques cadeaux ou cadeaux de valeur offerts par les réparateurs. Datafolio optimise l’ouverture des sinistres en détectant les accidents, en qualifiant leur nature et en assurant le suivi et la gestion en collaboration avec ses partenaires. Les performances démontrées (avec des ratios sinistres-coûts inférieurs aux cibles) illustrent l’efficacité et la fiabilité des approches innovantes.
(Re)découvrez en replay la première édition de nos rencontres thématiques du Collège Assurtech animé par David Sardas, Strategy Director for Financial Services Accenture avec les témoignages inspirants de Jehan de Castet, CEO d’Omeros ; Yuri Narozniak, Co-fondateur et CEO de Datafolio ; Jean-Baptiste Limare, CEO de Korint ; Jeremy Steinberg, CEO de Flitter, Christophe Dandois, CEO de Leocare et Ralph Ruimy, Co-fondateur de Acheel




