France Identité & eIDAS2 : les fintech face à un tournant stratégique

L’identité numérique devient un sujet stratégique pour les fintech, à la croisée des enjeux de conformité, de gestion des risques, de lutte contre la fraude et d’expérience client.
Dans le cadre du Club métier Conformité, cette masterclass a proposé un point d’étape sur l’initiative France Identité, portée par France Titres – l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), avec Florent Tournois, Directeur de l’identité numérique et régalienne au sein de France Identité.
Destinée aux responsables conformité, ainsi qu’aux directions juridiques et risques des fintech, la session était animée par Marine Lecomte, Responsable Offres & Innovations, Services Financiers chez Sopra Steria, et Sébastien Dalphinet, Secrétaire général chez Alma.
Les échanges ont permis de décrypter les usages concrets de l’identité numérique pour les acteurs financiers : ouverture de compte, KYC, authentification forte, sécurisation des parcours sensibles ; mais aussi les conditions de son adoption : interopérabilité européenne, certification, ergonomie et niveau de confiance adapté à chaque cas d’usage.
A. Un portefeuille numérique centré sur l’identité
Contrairement aux wallets classiques, qui permettent de stocker différents titres ou justificatifs, le portefeuille numérique européen repose sur un principe central : le lien fort avec la personne physique.
L’identité devient ainsi le pivot autour duquel peuvent être associés des droits et qualités : carte d’identité, permis de conduire, carte grise, carte étudiant, carte mobilité inclusion ou encore, à terme, d’autres titres administratifs.
Cette logique change la nature du wallet. Il ne s’agit pas seulement de dématérialiser des documents, mais de permettre à un utilisateur de prouver, dans un cadre sécurisé, qu’un titre ou un droit lui est bien rattaché.
France Identité compte déjà plusieurs millions d’utilisateurs, avec notamment des usages autour du permis de conduire numérique et de la carte grise numérique. D’autres cas sont à l’étude, comme le passeport numérique, la carte étudiant ou le permis bateau.
B. Trois grands cas d’usage
Trois familles d’usages se distinguent :
- Les usages en ligne : authentification, enrôlement ou validation d’un geste sensible. C’est le cas, par exemple, de l’accès à certains services publics ou de la procuration de vote dématérialisée.
- Les usages en face-à-face, où le téléphone peut progressivement remplacer le titre physique. Le contrôle peut alors se faire via QR code ou NFC, cette dernière technologie étant appelée à se développer davantage pour des raisons de fluidité et de robustesse.
- La production d’une attestation numérique, notamment sous forme de PDF signé. Ce format répond à des besoins très concrets : constitution d’un dossier de location, demande de prêt, KYC ou procédure nécessitant un archivage et un examen ultérieur. Cette attestation présente plusieurs avantages : les données sont lues directement depuis le titre, le document est signé par le ministère de l’Intérieur, et un cadre d’usage limite les risques de réutilisation abusive en cas de fuite de données.
C. Un levier pour le KYC et la conformité bancaire
Pour les fintech, l’identité numérique ouvre des perspectives importantes en matière de conformité.
Dans le cadre d’une ouverture de compte, le wallet peut permettre de transmettre des informations fiables, vérifiées et directement issues d’un titre d’identité. L’objectif est de simplifier le parcours utilisateur tout en renforçant le niveau de confiance.
La logique est particulièrement utile pour les procédures KYC : réduction des erreurs de saisie, meilleure traçabilité, preuve d’origine des données, lutte contre la fraude documentaire et sécurisation des démarches sensibles.
Le dispositif peut également contribuer à de nouveaux usages, comme le lien entre une identité et des coordonnées bancaires, afin de limiter certains risques de fraude, notamment lors de changements de RIB ou de demandes de subvention.
D. Sécurité : adapter le niveau de confiance au cas d’usage
Tous les usages ne nécessitent pas le même niveau de sécurité. L’un des enjeux de France Identité est donc d’adapter l’ergonomie au niveau de risque.
Pour les actes les plus sensibles, comme l’ouverture d’un compte bancaire, le niveau de confiance le plus élevé repose sur la carte d’identité, son code associé et la lecture sécurisée du titre.
Pour des usages intermédiaires, un code spécifique et le téléphone peuvent suffire. Pour des usages plus simples (par exemple justifier un statut étudiant pour bénéficier d’une réduction) un niveau de sécurité plus faible peut être acceptable.
Cette approche permet de concilier deux impératifs : maintenir un haut niveau de confiance pour les actes réglementés, tout en évitant de complexifier inutilement les parcours du quotidien.
E. Une dynamique européenne
Le développement de France Identité s’inscrit dans le cadre plus large du futur European Digital Identity Wallet.
L’enjeu est l’interopérabilité : un acteur compatible avec France Identité devra pouvoir l’être, à terme, avec les wallets des autres États membres. Plusieurs pays européens avancent sur des projets comparables, notamment l’Allemagne, la Pologne ou le Portugal.
Des consortiums européens permettent déjà de tester différents cas d’usage : accès aux services publics, ouverture de ligne téléphonique, signature électronique, ouverture de compte bancaire, permis de conduire numérique, prescription médicale, voyage ou encore paiement.
Pour les services financiers, deux sujets ressortent particulièrement : le KYC et la SCA, c’est-à-dire l’authentification forte du client au moment du paiement. L’initiation de paiement via wallet fait également partie des réflexions européennes, même si son rôle dépendra des modèles retenus par chaque pays.
F. Calendrier et implications pour les fintech
Les États membres doivent mettre à disposition au moins un wallet d’identité numérique certifié d’ici novembre 2026. Les schémas de certification restent en cours de définition, avec une distinction envisagée entre certification de sécurité et certification fonctionnelle.
Autre échéance importante : à partir de décembre 2027, les banques devront accepter la SCA via wallet comme une possibilité offerte à leurs utilisateurs.
Pour les fintech, ces évolutions appellent une anticipation progressive. Même lorsque l’obligation réglementaire ne s’applique pas immédiatement à tous les acteurs, l’identité numérique pourrait rapidement devenir un standard de marché pour fluidifier l’entrée en relation, renforcer la confiance et sécuriser les parcours clients.
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