Alain Clot : «La fintech française a des futures licornes»

Mar 19, 2019 | Parutions

Interview d’Alain Clot par Caroline de Malet publiée dans Le Figaro à l’occasion du Big Bang Eco 

Pour le président de France Fintech, qui interviendra au Big Bang Eco le 27 mars, ces jeunes sociétés poussent les banques à se transformer.

LE FIGARO. – Comment se porte le secteur des fintechs?

Alain CLOT. – Le secteur connaît une forte croissance: 365 millions d’euros ont été levés en 2018, pour 72 opérations, soit une hausse de 15 %. Cela représente un ticket moyen par start-up de 5,2 millions d’euros. Ces dernières s’internationalisent très vite, la majorité étant présente dans plusieurs pays. Et leur modèle est en train de passer d’un service précis à une plateforme de services proposant un parcours complet. De fait, on commence à avoir un écosystème dynamique, dans lequel tout le monde se parle.

Quelles sont les start-up les plus prometteuses?

Les plus grosses, October, Lydia, Ledger, Younited Credit, Alan et Shift Technology figurent presque toutes dans le top 2 ou 3 sur leur marché. Presque toutes sont présentes dans cinq ou six pays étrangers, en Europe et en Asie, et ont levé des montants d’environ 30 millions d’euros. On a même des futures licornes. Ledger est la seule start-up française à apparaître dans le classement des 50 premières fintechs mondiales de KPMG et +Simple.fr et Shift Technology, qui vient de lever 53 millions d’euros, figurent parmi les 50 émergentes.

Comment se positionne la fintech française en Europe?

Avec le Brexit, la Grande-Bretagne va y perdre et la France se débrouille pas mal. Étant le premier pays européen en termes de laboratoires d’intelligence artificielle, le deuxième en nombre de start-up dans l’IA et le premier pour les incubateurs notamment avec Station F, nous sommes aussi très bons en sciences cognitives et en finance. Londres ayant raflé la moitié des fintechs européennes, la France pourrait donc profiter du Brexit dans le cadre du rééquilibrage qui est en train de s’opérer. En capital-risque, nous sommes déjà numéro deux européen. On a une carte très importante à jouer.

La réglementation n’est-elle pas un frein à ces innovations?

Elle a été un frein par le passé car elle a été conçue en France pour protéger les consommateurs en réduisant les risques et en freinant la concurrence. Aujourd’hui, alors que c’est la réglementation européenne qui s’impose, comme le RGPD ou la directive sur les services de paiement 2 (DSP 2), elle joue plutôt un rôle fort d’accélération.

Ces nouveaux acteurs représentent-ils une menace pour les banques traditionnelles?

On peut le penser. Pourtant, la fintech n’est pas le problème mais la solution. Cela oblige les banques à se moderniser, se réinventer. C’est un moyen pour elles de se préparer à l’offensive des Gafa, qui font toutes de la finance, qu’il s’agisse de Google, Facebook ou Alibaba. Mais la part du financement participatif sur l’ensemble des montants financés est encore très faible. En matière de paiements et sur l’agrégation, les nouveaux acteurs occupent une place plus importante. Ces derniers sont moins présents dans le conseil en investissement. Pourtant les besoins s’accroissent, avec la nécessité de capitaliser de plus en plus tôt, et l’intelligence artificielle permet d’avoir une vision beaucoup plus globale du patrimoine.

Les banques de réseau ont-elles su s’adapter à cette nouvelle donne?

Elles ont fait un gros travail d’acculturation avec les fintechs, gagnant-gagnant. La plupart sont en train de se réinventer. Elles proposent leurs compétences à d’autres prestataires. Mais le poids de l’héritage (l’informatique centrale et la culture) est très lourd. Et les banques en ligne, qui leur sont liées et perdent toutes de l’argent, appartiennent au passé. Le nombre de millennials vient de dépasser celui des baby-boomers aux États-Unis. Or, l’attachement des étudiants à une marque comme Lydia par exemple est très fort.

Comment voyez-vous à terme évoluer les acteurs traditionnels?

Ils n’échapperont pas à des gains de productivité et devront se concentrer sur les services à valeur ajoutée comme le conseil patrimonial. Car ils ne sont pas seuls sur ce créneau (Gafa, opérateurs de télécoms, grande distribution). Mais les banques sont des tiers de confiance, c’est un capital important.

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