Les plateformes, championnes de l’expérience client, vont-elles remplacer les banques ?

Oct 13, 2020 | Actualité, Tribunes

A l’heure où Sberbank s’affranchit du mot ‘Bank’, où Google lance “Google cache” (son offre de Bank-as-a-Service), quelles conclusions peut-on tirer sur les modèles de plateformes et l’open banking ?

A l’heure où Sberbank s’affranchit du mot “Bank”, où Google lance “Google cache” (son offre de Bank-as-a-Service), à l’heure aussi où Square dépose une demande de licence bancaire et où la Commission européenne cherche à encourager les acteurs de la finance digitale, quelles conclusions peut-on tirer sur les modèles de plateformes et l’open banking ?

Tout d’abord, la plateforme c’est le passage du produit à la vision centrée client. Pour le particulier, la vision client est en train de l’emporter sur la vision produit. Comment expliquer sinon la mise à disposition d’applications gratuites qui proposent au public de visualiser dans la rue, en réalité augmentée, tous les biens immobiliers à vendre ? Les sponsors de ces applications captent ainsi l’émergence du projet immobilier avant même que le client ne l’ait précisé et bien avant qu’il ne contacte sa banque pour un prêt. C’est le cas des applications Zoopla ou Settled au Royaume-Uni et de Valora View de l’espagnole BBVA. Proposer aux PME des bouquets de services digitaux en mode plateforme, à l’image de QontoConnect ou de Prisméa (la néo-banque adossée à Crédit du Nord), c’est simplifier la gestion quotidienne de leurs finances ; mais c’est aussi l’occasion de capter leurs besoins et les opportunités commerciales qui en découlent.

Présenté autrement, les entreprises traditionnelles suivent une chaîne de valeur intégrant la production jusqu’à la distribution des clients. Par construction, l’interaction entre les clients et les producteurs est limitée, tout comme l’effet réseau induit. Dans un business model de plateforme, les utilisateurs et les producteurs collaborent pour créer un marché en architecture ouverte. Au fur et à mesure que les utilisateurs ou marchands rejoignent la plateforme, ils contribuent à la création de valeur pour les utilisateurs futurs. L’effet réseau est alors démultiplié. Par nature, ce type de plateforme est digital et bien souvent international.  C’est le cas de l’appstore d’Apple, de Spotify, de Doctolib, etc.

Nous voyons, sur le marché, des signaux clairs de ces évolutions structurantes. Après le rachat record de Plaid par Visa l’année dernière pour 5,3 milliards d’euros, le géant du moteur de recherche national russe Yandex vient d’acheter la banque en ligne Tinkoff, forte de 10 millions de clients, pour 5,5 milliards d’euros. Certaines banques ont tout de même pris le virage stratégique de plateforme en accélérant “l’APIsation” de leurs systèmes d’information tout en investissant dans les business model de plateformes (bank-as-a-service, néobanque…).

L’ensemble de ces modèles de plateformes survivront-ils ? Peut-être pas, mais le marché et un nouveau segment de clientèle sont bien là.

Enfin, à l’échelle européenne, on constate l’engouement de la Commission européenne pour cette économie des plateformes, avec l’annonce récente de l’open finance à l’horizon 2022, qui vise à un partage des données plus large encore que la DSP2. Cette mesure s’inscrit dans la stratégie “Digital finance” de la Commission, explicitée par les orientations du Digital Services Act. La finance est un monde sophistiqué, en marche vers un futur fait de transparence et de sens.

SOURCE > Journal Du Net